Appauvrissement de l’offre culturelle et linguistique dans le second degré

jeudi 7 juin 2007
par  Sylvie Arandel
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Quel peut en être le véritable enjeu ? Vous trouverez ci-dessous le point de vue exprimé par Mme Roger, professeur d’allemand au collège Descartes, dans un courrier envoyé au journal Le Monde.

« A l’attention du service « courrier des lecteurs » du journal Le Monde

L’article de Luc Bronner (Le Monde daté du mardi 5 juin 2007) présente les stratégies parentales pour contourner la désectorisation des collèges comme un repli face à une ouverture à la mixité sociale des établissements. Cela serait tout à fait blâmable si les mêmes moyens assuraient aux élèves des collèges, et notamment de ceux d’entre eux accueillant les populations d’élèves les plus en difficultés, les mêmes chances de réussite scolaire, et donc de réussite de leur vie future d’adultes.

Or l’observation des stratégies locales qui accompagnent ou anticipent les intentions gouvernementales fait douter de la bonne foi de nos décideurs au profit d’objectifs nettement moins acceptables socialement lorsque ces politiques conduisent de fait à un nivellement par le bas, laissant à la seule élite de notre société l’accès aux privilèges éducatifs.

J’en veux pour preuve le sort fait à l’apprentissage de la langue allemande dans un certain nombre de bassins d’Ile de France, et qui va à l’encontre, tant des discours que des actes officiels (la première visite à l’étranger du Président de la République fraîchement élu ne fut-elle pas pour la Chancelière allemande ?) en réduisant de façon drastique l’accès des élèves à l’allemand.

De nombreux parents d’élèves, conscients de ce problème et choqués par des mesures arbitraires, se sont mobilisés récemment dans plusieurs localités franciliennes, demandant que soient maintenus non seulement un véritable choix pour leurs enfants, mais également une diversité linguistique et culturelle et que soient respectés les engagements ministériels pris lors des sommets franco-allemands. A l’heure où nous fêtons les 50 ans du Traité de Rome, la relance du couple franco-allemand apparaît plus que jamais comme un objectif prioritaire, rappelé à Berlin par les dirigeants de nos deux pays. Comment espérer l’atteindre si on renonce à apprendre la langue du voisin ?

Or plusieurs collèges viennent de présenter à leur conseil d’administration des projets de suppression de la langue allemande en sixième dès la prochaine rentrée, voire au plus tard en 2008, parfois compensés par l’apprentissage de l’allemand comme seconde langue une année plus tôt, dès la cinquième…

Plusieurs collèges ont encore des classes bilangues, apprentissage de deux langues dès la sixième, mais malheureusement volontairement limitées par l’administration à une seule classe par établissement et par niveau, en raison du peu de moyens octroyés, et alors même que la demande très forte des familles permettrait souvent de remplir deux classes. Ces classes bilangues vont connaître le même sort que l’allemand LV1.

L’allemand en LV1 se porte pourtant jusqu’à aujourd’hui tellement bien, qu’en seconde plus de germanistes suivent les cours de LV1 que de LV2 ! Et que certains d’entre eux permutent même leurs langues (passant de l’allemand LV2 en allemand LV1 et de l’anglais LV1 en anglais LV2) en fin de seconde !

L’apprentissage précoce d’une langue étrangère, dès le CE2, se fait par ailleurs de plus en plus systématiquement au profit de l’anglais et au détriment de l’allemand.

A Antony, tous les enseignants désireux d’intervenir à ce niveau se sont heurté ces dernières années à un refus aussi net que catégorique. Pourquoi ? si ce n’est, en vertu du principe, contestable car ne faisant l’objet d’aucun texte officiel, de "continuité" qui veut que seule une langue commencée en primaire puisse être poursuivie au collège. Les élèves ne pouvant commencer l’allemand en primaire se verront interdire l’apprentissage de l’allemand dans le second degré, et dès lors, se voir refuser une ouverture culturelle et linguistique qui contribuerait pourtant à leur épanouissement intellectuel et professionnel futur.

Que l’on se rassure, les établissements privés et les établissements liés aux grands lycées parisiens ou des banlieues huppées de la capitale comprennent bien les aspirations des parents, de leurs enfants et des pouvoirs économiques et ouvrent grandes leurs portes au multilinguisme en favorisant largement l’apprentissage de l’allemand.

Cette politique à l’égard des établissements « moyens », menée dans certaines académies, en marge de la suppression de la carte scolaire, n’a-t-elle pas quelques relents d’entraves à la concurrence entre les établissements scolaires ?

Françoise ROGER Professeur d’Allemand Antony »